Petite histoire imaginaire des palmes
Textes : Marc Muguet, Pierre Tillement, Gildas Le Meudec, Hugo Verlomme
Infographie : Nicolas Dumesnil
Palmes shamaniques
Dès son apparition, l’homme préhistorique a été confronté à l’élément liquide. Au cours de ses déplacements, mers et rivières représentent un obstacle, un objet de peur, un « lieu peuplé de monstres et labouré par les tempêtes ».
Les plus anciens vestiges de palmes retrouvés par les archéologues remontent au magdalénien (15 000 ans avant J.-C.) dans une cavité du Gouf de Capbreton, à l’époque où, la mer étant plus basse, la tête du canyon se trouvait sur la terre ferme. On trouve, sur les parois de cette grotte, les traces d’un rite chamanique auquel les palmes sont associées.
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Grâce aux travaux savants d’archéologues de renom, comme E. A. Steinbart et Lewis W. Clark, nous en savons un peu plus sur ces cérémonies. Le sorcier y invoquait les dieux afin de pouvoir maîtriser l’eau comme le feu : il utilise pour ce faire une paire de palmes primitives, qui lui permet de ressembler à une divinité marine.
Ainsi, le chaman du néolithique, tout s’inspirant des animaux, ne se contente pas d’ouvrir l’ère de la nage avec palmes, il lui donne aussi d’emblée une dimension spirituelle.

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Des palmes dans les hiéroglyphes
C’est un Égyptologue nommé Rossini qui a découvert, dans un temple égyptien englouti, des hiéroglyphes prouvant que l’utilisation des palmes existait du temps des pharaons.
Selon la légende, un jeune prêtre s’était lancé à la poursuite de Moïse avec les troupes du pharaon Dumenilosis III. Arrivé au bord de la Mer Rouge, le prêtre vit le vieil homme écarter les flots. Le spectacle fut époustouflant : deux immenses vagues se dressèrent de part et d’autre, écartant les flots pour que Moïse et son peuple puissent rejoindre le Sinaï. Lorsque la mer se referma, elle engloutit l’armée du pharaon. Le jeune prêtre survécut ; émerveillé, il voulut rejoindre Moïse, cet homme si puissant qui était passé de l’autre côté des flots. À cette fin, il confectionna des palmes avec des feuilles de palmier tressées et du bitume. Il réussit à rejoindre l’autre rive mais mourut sur le sable, d’une piqûre de raie…

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L’Odyssée des palmes

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Certes, la légende de l’Odyssée d’Ulysse est bien connue, mais en est-il de même de la petite histoire ?… Rien n’est moins sûr ! Si ce mythe s’articule autour d’une dispute entre Ulysse et Poséidon, le dieu des mers et des océans, encore faut-il connaître les véritables raisons de cette titanesque altercation !
En réalité, ce n’est pas tant la victoire d’Ulysse contre Polyphème le cyclope qui déclencha la foudre de Poséidon, mais plutôt le vol par Ulysse d’un précieux attribut dont le dieu des mers avait doté son fils. |
En effet, lorsque Ulysse arrive en Italie et qu’il doit affronter et le cruel géant à l’œil unique, il s’aperçoit que celui-ci est chaussé de mystérieuses palmes magiques. Intrigué, puis comprenant très vite l’intérêt de cet objet divin, il crève l’œil de Polyphème, s’empare des palmes et les enfile avant de s’enfuir, propulsé lui-même jusqu’à son navire par ces chausses sacrées. Mais à la minute où Poséidon découvre le corps de son fils blessé et sans palmes, le dieu entre dans une rage immense et décide de poursuivre Ulysse de sa colère puis, déchaînant les flots et soulevant la tempête, il jure de mener le voleur à sa perte.
Et c’est ainsi qu’Ulysse, en proie à la malédiction de Poséidon, sera voué à errer pendant dix ans, sillonnant terres et océans selon le parcours chaotique qu’on connaît, avant de retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque.

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Vandales aux pieds palmés
Les multiples invasions des peuples barbares, au cours du Moyen-Âge, sont l’occasion pour les Pieds palmés de gagner du terrain. Ceux-ci vont mettre en avant l’immense potentiel de la palme pour aider les guerriers du nord à envahir l’Europe.

Les populations côtières ainsi occupées mettront rapidement à profit cet outil extraordinaire, devenant alors indispensable dans la panoplie du marin et du pirate.
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Les palmes au bûcher
Tandis que les Pieds palmés montent en puissance, Rome voit d’un mauvais œil ce culte rendu à la mer. Les palmes sont bientôt considérées comme un instrument diabolique et les Pieds palmés sont impitoyablement pourchassés par l’Inquisition, qui n’hésitera pas à brûler les palmes maudites sur la place publique…
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La clef du Graal ?

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Historiens et chercheurs ont exhumé de troublants textes anciens qui montrent clairement le rôle des palmes dans la quête du Graal. Le roi Arthur avait reçu la troublante visite de trois visiteurs venus d’Occitanie, là où les montagnes sombrent dans la mer. La prestance de ces trois seigneurs impressionna tant le roi, qu’il leur demanda quel était leur secret.
« Nous nageons tous les jours dans les vagues de l’océan » répondit l’un d’eux.
Alors Arthur fit taire les ménestrels et demanda à ces trois chevaliers si bien mis de leurs personnes de se présenter.
Le premier cachait une énergie souple sous sa stature imposante. Il paraissait détaché et souriant, mais prompt à réagir dans les flots. Celui-là se nommait Marc’h (1) dit le chevalier au muguet, en raison de ses armoiries. Une lance verte sur fond d’azur.
Le deuxième portait une barbe au reflet d’argent et un teint buriné ; la sagesse, que l’on devinait acquise au cours de moult plongées et traversées, rayonnait de sa personne. Il disait se nommer Hugues et ayant fait vœu d’altruisme, ses actions étaient tournées vers l’homme, quelle que fût sa condition.
Le dernier des trois se tenait en retrait, et son regard scrutateur et son sourire railleur dénotaient un esprit vif et frondeur. Celui- là passait pour le ménestrel, il venait des confins du pays de Brocéliande, en Argoat, et s’attachait à témoigner par gestes et chansons les aventures de ses compagnons. Son clan le prénommait Gweltaz (3) Ar Meudec et il parcourait plages et tournois afin d’y dénicher muse et matière à rimailler.
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Devant l’éclat et l’attrait que ce nouvel équipage venu de l’océan suscitait en sa cour, le roi décida de leur révéler un secret… Les conversations se turent et chacun reprit une gorgée de vin avant d’écouter Arthur raconter aux trois visiteurs aquatiques l’une de ses rencontres avec la Dame du Lac :
« C’était un jour venteux et sombre et je chevauchais le long de la côte, veillant à surprendre une horde de Saxons. Perçant alors les nuages, un rayon solaire illumina soudain le centre de la baie. Son intensité était remarquable et j’eus toutes les peines du monde à contenir mon destrier. Une musique céleste s’éleva, apportant calme et sérénité. Du milieu de l’étendue liquide, jaillirent deux mains jointes, suivies de deux bras ravissants ne pouvant appartenir qu’à la Dame du Lac ! Elle m’apparut dans toute sa blonde splendeur, puis s’approcha en nageant et bondissant sur l’onde avec une prodigieuse agilité.
« Subjugué, j’osai lui demander par quel artifice elle pouvait ainsi se mouvoir à la surface de l’eau telle une naïade. Alors elle me sourit et, tel un marsouin, effectua un bond qui me laissa entrevoir ses pieds : ceux-ci étaient chaussés de « palmes » qui, selon elle, lui permettaient de se mouvoir dans le monde marin. Elle précisa que Joseph d’Arimathie, rapportant le Graal de Judée vers notre contrée, préféra le jeter par-dessus bord plutôt que de le laisser aux mains des barbaresques qui attaquaient son navire, sachant que la Sainte Providence permettrait à des hommes preux et valeureux de le retrouver. Je crois, gentes dames et messires chevaliers que s’il faut porter crédit aux paroles de la Dame du Lac, il va être temps pour nous d’étendre notre quête vers le monde des abysses… »
À ces mots, nos trois compères se levèrent comme un seul homme, jurant à Arthur de s’atteler à cette tâche ; ils quittèrent le château sur le champ, laissant la cour sans voix. Plus personne n’entendit parler de nos voyageurs retournés vers leur contrée lointaine. Pourtant, on raconte encore de nos jours, du côté de l’Adour et des Pyrénées, qu’une Confrérie de la Palme fut créée et que l’esprit de ces pionniers des flots y perdure.
(1) Ce prénom, Marc’h, de consonance celtique (étalon en brittonique ancien), très usité chez les chefs de guerre, faisait apparaître une vigueur peu commune au combat et aussi dans les choses de l’amour… (transposition à l’amour courtois cher à Chrétien de Troyes).
(2) Prénom breton issu du vieil écossais, se dit de l’herbe sauvage. |
Da Vinci palmes
Tandis qu’il observait grenouilles et canards se mouvoir dans l’eau d’une mare non loin des portes de Milan, Léonard songea au moyen de munir les hommes d’un tel appendice, afin d’explorer le monde marin. |
« Eurêka ! s’écria-t-il une nuit de pleine lune, je vais fabriquer un outil qui permettra aux hommes de se mouvoir dans l’océan tout comme les poissons. Grâce à ces palettes natatoires, nous allons découvrir les splendeurs et les trésors de la nature tapis dans ces ténèbres inexplorées. »
En utilisant une matière noire et bitumineuse récemment importée du désert, il obtint une pâte souple lorsqu’elle était chauffée et ferme une fois refroidie. Il façonna un moule dans lequel il put verser cette mixture et le 1er avril 1480, Léonard réalisa la première série de palmes de l’humanité.
Aussitôt créées, aussitôt expérimentées : telle était la devise du maître. Et si ça ne marchait pas, direction les oubliettes ! C’est ainsi que Léonard de Vinci se rendit à une petite plage qu’il connaissait du côté de Livourne. Une fois dans l’eau, ces appendices lui donnèrent une puissance et une vitesse de nage jamais atteintes. Emporté par l’enthousiasme, il fut alors pris par une vague et se mit à palmer sur son flanc, devenant ainsi le premier bodysurfer avec palmes de l’histoire. Contemplant avec stupéfaction l’intérieur du rouleau liquide, Léonard eut alors une illumination ; tout d’un coup, l’univers, avec ses rouages, ses secrets et ses alcôves qu’on pensait réservés à Dieu, envahit son esprit avec une clarté inoubliable. Ces images, captées au cœur d’une vague grâce à ces nouvelles palmes, devaient l’accompagner toute sa vie.
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Et voilà qu’apparaît la première image d’adoubement d’un chevalier de la Palme…

Cérémonie d’intronisation d’un prétendant à la Confrérie de la Palme
dans un poste de secours du 17e siècle.
(Par décret, le port des Palmes est ultérieurement devenu obligatoire lors des cérémonies.)
Extrait du règlement
Le Grand Aumônier s’avance et place ses deux palmes sur celles de l’impétrant, il lui donne l’accolade et prononce la phrase rituelle :
« NE LAISSE PERSONNE TE MARCHER SUR LES PALMES »
(Silence et recueillement, instant solennel, point d’orgue de la cérémonie)
Puis il verse un peu de vin sur les palmes du prétendant, au titre d’Écuyer de l’Ordre de la Confrérie de la Palme.
Celui-ci retire alors ses palmes de dessous celles du Grand Aumônier, se tourne vers la mer et s’y jette en courant, sous les hourras de ses condisciples invités à la rejoindre. |
Le Serment du jeu de palmes

Discours du Ci-devant Citoyen Gildas De Leumedec, Sieur de Maligan,
Vicomte de la Hunaudière, Député de la Noblesse,
en cette nuit du 4 août 1789, Salle du Jeu de Paume. (*1)
«Citoyens, je me dois de relater devant cette assemblée ce que des pêcheurs bretons dignes de foi m’ont rapporté de leur marée au retour des îles. Sur un îlot désertique ils ont recueilli plusieurs pirates qui avaient été mis à l’index par leurs compagnons de fortune, en vertu de leur Code d’honneur. Au cours de leur traversée de retour, entre gens de mer, ces scélérats racontèrent les faits que je vous rapporte : une armada de ces gueux, les coffres pleins de leurs rapines, s’était installé sur une île de l’Océan Indien, qu’ils avaient nommée Utopia, dans leur délire. Sur place ils voulurent poser les bases d’une société égalitaire, sans distinction de race ou de classe, régie par des lois strictement observées et appliquées par un Conseil…
« Je vois le citoyen Danton opiner du bonnet, oui Messieurs, peut-être avons-nous là des précurseurs à nos idées. C’est à cette fin que je vous mets en garde. N’êtes-vous pas curieux de savoir comment ces prémices de société égalitaire ont évolué ? (Approbation confuse de l’assemblée). Eh bien, Messieurs, elle s’est autodétruite de l’intérieur. (Déconfiture et brouhahas dans les rangs de la Montagne). Mais ceci n’est dû qu’à l’âme par trop criminelle de ceux qui la composaient. En effet, dans un premier temps, la prospérité économique de ces bandits ne fit que croître. De leur repaire inexpugnable, ils lançaient des raids meurtriers sur les comptoirs établis le long de la côte africaine, s’enhardirent à ravager les ports de l’Océan Indien, car ils disposaient d’une arme secrète… |
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« Leur technique était simple : agissant à la nuit tombée, ils utilisaient des chausses en forme de palmes leur permettant de pratiquer la nage avec vélocité. Ils s’avançaient donc dans l’obscurité des ports, trompant la vigilance de la garde. Les scélérats n’avaient plus qu’à envahir la place. Grâce à cette technique ils pouvaient désarmer ou couler un bateau, ou encore le dérober et partir avec.
« Enhardis par leurs succès, ils pratiquèrent ainsi le sabordage de plusieurs bateaux de ligne et osèrent même enlever la fille du gouverneur portugais de Sumatra. Ce n’est qu’après un mois d’emprisonnement dans des souffrances que la décence m’empêche de vous narrer, qu’elle fut récupérée par sa famille.
« Vous voyez, rien ne semblait arrêter l’impunité de leurs actes de piraterie, et pourtant… Comme je vous le disais en préambule, ils avaient établi le principe de l’égalité des biens et des personnes sur une île jusqu’alors peuplée d’indigènes qui suivaient des coutumes ancestrales, sous la coupe de despotes locaux. Ceux-ci, au gré de leurs alliances et des inévitables guerres qui en découlaient, menaient une vie de bons sauvages qui n’aurait pas été sans déplaire à Monsieur Rousseau.
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« Ils excellent dans le domaine de la pêche grâce aux curieux appendices dont ils se chaussent et qui leur permettent de sonder dans les profondeurs de Neptune, à la poursuite des proies les plus insaisissables. Hélas, le beau rêve de nos canailles prit fin de façon tragique. Ils n’hésitèrent pas à adopter la polygamie, s’appropriant les plus belles femmes de l’île, jusqu’à réduire une partie de la population en semi-esclavage, contrairement aux règles préalablement énoncées. Dupés mais valeureux, les sauvages profitèrent d’une nuit sans lune pour voler toutes leurs palmes et nager ainsi jusqu’aux navires amarrés dans la baie, qui furent coulés les uns après les autres. Trop occupés à fêter la dive bouteille à terre, les pirates furent massacrés jusqu’au dernier, sans même opposer de résistance. Ainsi, cet outil nommé « palme », après avoir servi aux pirates à terroriser les ports de l’Océan Indien, a permis une libération et une avancée révolutionnaire sans précédent…
« Vive les palmes ! »
(Tonnerre d’applaudissements, le Vicomte de La Hunaudière rejoint le rang des députés de la Noblesse.) |
Deux événements ont marqué le 20e siècle :
La guerre du Vietnam: Surf now, apocalypse later

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Cette fois, ça y est : les Etats-Unis ont décidé d'envahir le Vietnam.
Des dizaines de milliers de boys, venus des quatre coins du pays, se
retrouvent parachutés sur une terre hostile dont la population,
agressée, va vite s'organiser et lutter. Les premiers mois, les combats
font rage. Les deux adversaires ne se font pas de cadeau et les champs
de bataille sont jonchés de victimes. Mais les Vietnamiens, évoluant à
domicile, mènent le jeu...
Le capitaine Johnny Water, commandant une escadrille héliportée - et
fervent adepte du surf, dans sa Californie natale - s'insurge contre
cette guerre absurde. Quitte à passer pour un traître, il décide de
pactiser avec l'ennemi. Oui, mais comment faire passer le message ?
Johnny a une idée : il va laisser en évidence sur une plage occupée par
les Viets un signe universel d'apaisement : des palmes, coiffées d'un
casque militaire sur lequel serait peint le signe de la paix. Une
invitation au dialogue. Trois jours plus tard, en survolant la plage,
Johnny découvre qu'à côté des palmes et du casque qu'il a laissés, un
double rigoureusement identique est apparu ! "Bloody motherfuckers !"
s'exclame le capitaine Water, au comble de l'excitation, "ces diables
de jaunes veulent nous rencontrer !"
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Toute la flotte se pose non loin de là, et des centaines de G.I se
jettent dans l'eau, à poil ou en caleçon, et se mettent à jouer dans
les vagues, certains ont même des palmes, Dieu sait où ils ont bien pu
se les procurer ! Et soudain, surgissant des profondeurs de la jungle,
une nuée de guerriers Vietnamiens vient se joindre à eux, en poussant
des cris d'allégresse, les vêtements volent et les armes tombent à
terre ! Bientôt, la plage résonne des cris de joie de tous ces hommes
réunis, qui plongent, nagent, et glissent sur les vagues, emportés par
une houle de fraternité.
Quelques semaines plus tard, face à une mutinerie qui s'était
généralisée de part et d'autre, les belligérants déclaraient
officiellement la fin des hostilités.
De nombreux G.I restèrent sur place et ouvrirent les premières écoles
de surf en Asie, initiant et convertissant aux délices de la glisse des
dizaines de milliers d'hommes et de femmes... |
On a palmé sur la Lune
Ce bon vieux Neil avait prévenu, avant de s’embarquer à bord de son engin spatial. Devant un parterre de journalistes venus des quatre coins de la planète, il tint ce curieux discours :
« Je pars sur la Lune, mes amis, vous rendez-vous compte ? Mais il est une chose dont jamais je ne me sépare, un objet tout simple mais fabuleux, qui me permet de me glisser dans un autre monde au sein duquel règnent toutes sortes de créatures plus belles et fascinantes les unes que les autres… » Il désigna un petit sac de toile qu’il emportait avec lui. Obnubilés par l’ampleur de l’événement qu’ils couvraient, les journalistes — et par conséquent le public — ne s’attardèrent pas sur l’étrangeté de ces propos, ni sur l’éventuel contenu du sac.
Le voyage se déroula sans incident. Sur Terre, des milliards d’individus suivaient le déroulement de cette expédition unique dans l’histoire. Enfin, toutes les radios du monde annoncèrent que l’alunissage avait réussi : dans quelques instants, un homme poserait le pied sur la Lune !
À l’époque, les écrans de télévision demeuraient l’apanage de quelques privilégiés ; on s’organisa cependant pour que tout un chacun puisse suivre en image ou à la radio ce moment historique. La porte de l’engin spatial s’ouvrit et un cosmonaute en tenue argentée sortit de l’habitacle. Avant de descendre les trois marches qui le séparaient du sol de la Lune, il s’arrêta pour observer le cosmos autour de lui. Là-haut, les flashes des journalistes étaient remplacés par les milliards de scintillements des étoiles. En cet instant précis, sur Terre, on retenait son souffle. Ce qui à peine quelques décennies plus tôt n’était que science-fiction allait se réaliser. Et soudain, alors qu’on s’attendait à ce que Neil Armstrong foule enfin cette surface inconnue, il fit volte-face et rentra à l’intérieur du vaisseau… pour en ressortir presque aussitôt, sauf qu’il tenait dans sa main gauche deux objets colorés incongrus…
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Interloqués, les ingénieurs de la NASA tentaient de comprendre ce qui se passait :
« Neil, que se passe-t-il, là-haut ? Que tenez-vous dans votre main ? »
C’est alors que le cosmonaute brandit les palmes — car il s’agissait bien d’une paire de palmes, des palmes de l’espace ! Puis il déclara solennellement :
« Grâce à la science et au génie des hommes, c’est aujourd’hui toute l’humanité qui fait un bond en avant. Dans une poignée de secondes, je vais marcher sur la Lune. Mais sachez qu’existent sur notre planète des océans tout aussi vastes et somptueux que ces paysages que je découvre en même temps que vous, et que, munis de simples palmes, chacun peut explorer et ressentir ce que je ressens en ce moment. Ces palmes, mes chers concitoyens, sont le symbole de la liberté, de votre liberté. Dans l’eau et sous l’eau, l’espace vous attend ! Citoyens du monde, munissez-vous de palmes et partez à l’aventure ! Vivez dans les mers ce que je vis dans le ciel ! »
Sur Terre, c’est l’hébétude. À la NASA :
« Neil est devenu fou ! Ce doit être l’ivresse de l’espace… »
Les autres, tous les autres, les centaines de millions de gens ordinaires qui avaient entendu ces paroles prononcées d’un endroit qu’eux-mêmes jamais ne fouleraient ni ne connaîtraient, avaient compris. On le devinait à leur sourire. Les gens étaient heureux. Neil venait de leur apporter le bonheur. La mer était leur futur…
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La suite, on la connaît… Neil foula le sol de la Lune, et en guise de drapeau y planta les deux palmes colorées qu’il avait embarquées en douce. La Lune n’appartenait à personne. Les océans non plus. La conséquence de cet événement sans précédent fut une explosion du marché des palmes. Partout où la mer et la terre se rejoignaient, des millions d’individus plongeaient et nageaient. Fascinés par autant de beauté, ils changeaient et préparaient la mutation suivante : le retour à la mer…
Neil Armstrong et ses palmes, on en parle encore… |
Humain Type 2
Le septième jour, Dieu, fatigué, n'aspirait qu'à se reposer... Diantre, quelle débauche d'énergie et d'imagination lui avait-il fallu pour inventer et créer un monde parfait !
De son regard éternel le divin créateur se félicitait en lui-même du bon travail qu'il venait d'accomplir. Il ferma les yeux un instant, le temps pour cette terre qu'il avait façonnée de vieillir de quelques milliards d'années...
sein de l'univers éclataient des étoiles et se disloquaient les galaxies, comme soufflées par le céleste courroux, "serait-ce possible, me serais-je trompé, moi, Dieu tout-puissant ? !
Absurde ! !"
Et pourtant, c'était vrai... Dieu, en concevant son ultime créature, s'était planté : les hommes, qui prétendaient le vénérer et l'adorer, ne cessaient de se battre et de démolir ses autres créations, avec lesquelles ils étaient censées vivre en paix et en harmonie. Les choses
ne pouvaient en rester là : "Voyons, comment faire... Je ne puis tout de même purement et simplement les éliminer...
" Et Dieu, au moment de comprendre son erreur, sut également comment y remédier : privés de la faculté de se mouvoir dans l'eau avec l'aisance et la grâce des sirènes, frustrés de ce qu'ils considéraient comme une injustice, les hommes se vengeaient : "Dieu cruel de l'univers ! Tu recouvres d'eau une grande partie de la surface de la terre, et tu nous prives de la
faculté de nous y immerger librement !
" D'où les guerres et le viol de la nature...
Dieu prit pitié de sa pauvre créature : "Homme, je t'ai permis de marcher sur terre, et non point de nager sous l'eau et de jouer dans les vagues, comme le dauphin. Dorénavant, tu naîtras avec des palmes, et les océans seront ton nouveau royaume. Respecte la mer et les autres créatures qui y vivent..."

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